🦎 Installer et configurer openSUSE Aeon Desktop : mon guide post-installation complet
Après avoir testé de nombreuses distributions Linux ces derniers mois — Debian, Fedora, Ubuntu, Arch, Solus, openSUSE Tumbleweed… — je me suis finalement intéressé de nouveau à openSUSE Aeon.
Aeon est une distribution Linux particulièrement intéressante si l’on recherche un système moderne, immuable, sécurisé et basé sur GNOME, tout en conservant la possibilité d’utiliser facilement des applications classiques, Flatpak et des conteneurs Distrobox.
Son fonctionnement est différent d’une distribution Linux traditionnelle : le système de base est géré de manière transactionnelle et les modifications du système passent notamment par transactional-update.
L’objectif de cet article est donc de partir d’une installation fraîche d’Aeon Desktop et de la transformer progressivement en une machine que je peux réellement utiliser au quotidien.
Au programme :
- 🦎 Installation d’Aeon Desktop
- 🔄 Comprendre
transactional-update - 🛡️ Installation de Proton VPN
- ⚡ Installation et configuration de Fastfetch
- 🌐 Randomisation de l’adresse MAC Wi-Fi
- 📦 Création de conteneurs Distrobox
- 🖥️ Personnalisation de Ptyxis
- 🎨 Personnalisation des icônes
- 🦊 Renforcement de Firefox
- 🧩 Mes extensions GNOME indispensables
- 🔐 Quelques recommandations de sécurité
🦎 1. Pourquoi openSUSE Aeon ?
Aeon est pensé autour d’une philosophie assez différente d’une distribution Linux classique.
L’idée est de disposer d’un système de base stable et atomique, avec des mises à jour transactionnelles et des retours arrière possibles grâce aux snapshots.
Cela permet notamment de limiter les risques liés aux modifications du système.
Pour la partie applicative, on peut privilégier :
- Flatpak
- Distrobox
- les conteneurs
- les applications utilisateur
Le système de base reste ainsi relativement propre.
C’est précisément cette philosophie qui m’intéresse.
Pour moi, Aeon se situe à la croisée de plusieurs mondes :
openSUSE + GNOME + immutabilité + Btrfs + Flatpak + Distrobox
Et pour une machine personnelle orientée confidentialité, sécurité et usage quotidien, c’est une combinaison particulièrement intéressante.
💿 2. Installer Aeon Desktop
La première étape consiste à télécharger l’image d’installation d’Aeon Desktop depuis le site officiel du projet :
👉 https://aeondesktop.org (également accessible via https://aeondesktop.github.io/)
Préparer la clé USB bootable sous Linux
Repérez d’abord le périphérique correspondant à votre clé USB avec lsblk, puis remplacez sdX par le nom réel de votre périphérique (par exemple sdb) :
lsblk
xzcat Aeon-Installer.x86_64.raw.xz | sudo dd bs=4M of=/dev/sdX iflag=fullblock oflag=direct status=progress; sync
⚠️ Vérifiez bien le nom du périphérique avant d’exécuter cette commande : une erreur de lettre écrasera le disque cible sans confirmation.
Préparer la clé USB bootable sous Windows
Utilisez Rufus en mode « écriture DD image » à partir du fichier .raw.xz (ou de sa version décompressée selon la version de Rufus).
Installation
Une fois la clé USB créée, je démarre le PC dessus (menu de boot, généralement F12 ou F10) et je lance l’installateur, propulsé par tik.
Deux options sont proposées lors de l’installation : une sélection de programmes prédéfinie, ou une installation minimale. J’opte généralement pour l’installation minimale, puisque j’installe ensuite moi-même ce dont j’ai besoin.
Une fois l’installation terminée, je redémarre sur Aeon.
🔄 3. Comprendre le fonctionnement d’Aeon
C’est probablement le point le plus important lorsque l’on arrive d’une distribution classique.
Sur Debian, Ubuntu, Fedora ou Arch, on installe généralement les paquets directement avec le gestionnaire de paquets.
Avec Aeon, le système de base fonctionne différemment.
Pour installer un paquet système, on utilise :
sudo transactional-update pkg install NOM_DU_PAQUET
Par exemple :
sudo transactional-update pkg install fastfetch
La modification est préparée dans une nouvelle image/snapshot du système.
Il faut ensuite généralement redémarrer afin de démarrer sur le nouvel état.
C’est une différence importante à garder en tête.
Aeon n’est pas simplement Tumbleweed avec un autre bureau.
Son intérêt vient justement de son modèle transactionnel.
La documentation openSUSE indique également que, dans un environnement transactionnel, transactional-update est l’outil à utiliser pour les opérations système plutôt que zypper ou YaST.
🔄 4. Première mise à jour
Après l’installation, je commence par mettre le système à jour :
sudo transactional-update
ou :
sudo transactional-update dup
Puis je redémarre lorsque cela est demandé.
Après le redémarrage, je vérifie que le système fonctionne correctement avant de poursuivre.
🛡️ 5. Installer Proton VPN
Pour ma part, Proton VPN fait partie des logiciels que j’installe immédiatement.
Sur Aeon, l’installation d’un paquet système se fait avec transactional-update.
sudo transactional-update pkg install proton-vpn
Une fois l’installation terminée :
reboot
Je peux ensuite lancer Proton VPN et configurer ma connexion.
⚡ 6. Installer Fastfetch
Fastfetch est un petit utilitaire que j’aime particulièrement utiliser dans mon terminal.
Il permet d’afficher rapidement les informations principales du système.
Installation :
sudo transactional-update pkg install fastfetch
Puis redémarrage :
reboot
Je peux ensuite simplement lancer :
fastfetch
⚡ 7. Configurer Fastfetch
Je crée d’abord le dossier de configuration :
mkdir -p ~/.config/fastfetch
Puis je génère automatiquement une configuration :
fastfetch --gen-config
Le fichier pourra ensuite être personnalisé selon mes goûts.
Par exemple, je peux modifier :
~/.config/fastfetch/config.jsonc
Cela permet de choisir les informations affichées, leur ordre, le logo, les couleurs, etc.
🚀 8. Lancer Fastfetch automatiquement dans Ptyxis
Si je souhaite afficher Fastfetch à chaque ouverture du terminal, je peux ajouter :
fastfetch
dans mon fichier shell.
Pour Bash :
nano ~/.bashrc
Pour Zsh :
nano ~/.zshrc
Je place ensuite :
fastfetch
à la fin du fichier.
À partir de maintenant, chaque nouveau terminal affichera automatiquement les informations du système.
🎨 9. Préparer un thème d’icônes
Pour les thèmes d’icônes installés uniquement pour mon utilisateur, je crée :
mkdir -p ~/.local/share/icons
Les thèmes placés ici ne nécessitent pas de modifier le système.
On peut ensuite installer un thème d’icônes compatible GNOME dans ce dossier.
Cela permet de conserver la personnalisation dans l’espace utilisateur.
🌐 10. Randomisation de l’adresse MAC Wi-Fi
Voici une modification que j’aime particulièrement mettre en place sur mes machines portables.
NetworkManager permet de randomiser l’adresse MAC utilisée lors des scans Wi-Fi et de cloner une adresse MAC aléatoire pour les connexions.
Je commence par créer le dossier de configuration :
sudo mkdir -p /etc/NetworkManager/conf.d
Puis je crée le fichier :
printf '%s\n' \
'[device]' \
'wifi.scan-rand-mac-address=yes' \
'' \
'[connection]' \
'wifi.cloned-mac-address=random' \
| sudo tee /etc/NetworkManager/conf.d/90-mac-randomization.conf
Je vérifie ensuite le contenu :
cat /etc/NetworkManager/conf.d/90-mac-randomization.conf
Je dois obtenir :
[device]
wifi.scan-rand-mac-address=yes
[connection]
wifi.cloned-mac-address=random
Je peux ensuite redémarrer NetworkManager ou, plus simplement, redémarrer la machine.
À quoi cela sert ?
Une adresse MAC est un identifiant matériel utilisé au niveau réseau.
La randomisation permet de réduire le risque qu’un même appareil soit facilement corrélé lors de différents scans ou connexions Wi-Fi.
Ce n’est évidemment pas un anonymat complet : il existe de nombreux autres mécanismes permettant d’identifier ou de corréler une machine.
Mais c’est une couche de confidentialité supplémentaire.
📦 11. Distrobox : mon environnement pour les autres distributions
C’est l’une des fonctionnalités que j’apprécie le plus dans Aeon.
Plutôt que d’installer énormément de logiciels directement dans le système de base, je peux utiliser Distrobox.
Cela me permet de lancer différentes distributions Linux dans des conteneurs tout en les intégrant à mon environnement de bureau.
Par exemple, pour créer un environnement Arch Linux :
distrobox create --name arch --image docker.io/library/archlinux:latest
Puis :
distrobox enter arch
Je dispose alors d’un environnement Arch Linux séparé du système Aeon.
Je peux appliquer la même logique à Debian, Ubuntu, Fedora, etc.
C’est particulièrement intéressant pour :
- tester des logiciels ;
- utiliser un environnement de développement particulier ;
- tester une distribution ;
- utiliser des outils qui ne sont pas disponibles directement dans Aeon ;
- isoler certaines applications.
Pourquoi j’aime cette approche
Au lieu de transformer progressivement le système hôte en laboratoire rempli de paquets et de dépendances, je peux conserver Aeon relativement propre.
Le système reste mon environnement principal.
Les conteneurs deviennent mes environnements de travail secondaires.
🖥️ 12. Rendre Ptyxis transparent
Ptyxis est le terminal GNOME que j’utilise sur Aeon.
Il est possible de modifier directement certains paramètres de son profil avec gsettings.
Pour récupérer l’identifiant du profil par défaut :
flatpak run --command=gsettings app.devsuite.Ptyxis get org.gnome.Ptyxis default-profile-uuid
Puis, pour appliquer une transparence de 81 % :
flatpak run --command=gsettings app.devsuite.Ptyxis set 'org.gnome.Ptyxis.Profile:/org/gnome/Ptyxis/Profiles/'$(flatpak run --command=gsettings app.devsuite.Ptyxis get org.gnome.Ptyxis default-profile-uuid | tr -d "'")'/' opacity 0.81
Le résultat est un terminal légèrement transparent, ce qui donne un rendu beaucoup plus agréable avec certains fonds d’écran.
🦊 13. Renforcer la confidentialité de Firefox
Firefox reste mon navigateur principal.
Je vais donc également modifier quelques paramètres de télémétrie.
Dans Firefox, je tape :
about:config
Je confirme l’avertissement puis je recherche les paramètres suivants.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
toolkit.telemetry.enabled |
false |
datareporting.healthreport.uploadEnabled |
false |
datareporting.policy.dataSubmissionEnabled |
false |
toolkit.telemetry.unified |
false |
toolkit.telemetry.archive.enabled |
false |
toolkit.telemetry.newProfilePing.enabled |
false |
toolkit.telemetry.firstShutdownPing.enabled |
false |
toolkit.telemetry.updatePing.enabled |
false |
toolkit.telemetry.shutdownPingSender.enabled |
false |
toolkit.telemetry.bhrPing.enabled |
false |
toolkit.telemetry.server |
vide |
⚠️ Attention avec about
Je recommande de modifier uniquement les paramètres que l’on comprend.
Firefox utilise énormément de préférences internes et certaines peuvent avoir des conséquences inattendues.
L’objectif ici est simplement de réduire les mécanismes de télémétrie et de collecte de données auxquels je ne souhaite pas participer.
Je conseille également de conserver une liste de ses modifications afin de pouvoir les retrouver après une réinstallation ou un nouveau profil.
🧩 14. Mes extensions GNOME
Une installation Aeon fraîche est volontairement assez minimaliste.
Pour retrouver un environnement GNOME plus complet et plus proche de mes habitudes, j’utilise plusieurs extensions.
⭐ Dash to Dock
Dash to Dock transforme le dash GNOME en véritable dock.
Il permet notamment de :
- garder le dock visible ;
- modifier sa position ;
- afficher les applications favorites ;
- modifier son comportement ;
- personnaliser sa taille.
C’est probablement l’une des premières extensions que j’installe.
🌫️ Transparent Top Bar
J’utilise également une extension permettant de gérer la transparence de la barre supérieure.
Cela permet d’obtenir une interface beaucoup plus homogène avec le fond d’écran.
👻 Hide Top Bar
Hide Top Bar permet de masquer automatiquement la barre supérieure.
C’est particulièrement agréable sur un ordinateur portable lorsque l’on souhaite maximiser l’espace vertical disponible.
⚡ Lightning GNOME Launcher
J’utilise également Lightning GNOME Launcher comme lanceur/recherche rapide.
L’idée est simple : pouvoir lancer rapidement une application ou effectuer une recherche au clavier sans devoir naviguer dans les menus.
Pour moi, ce type d’outil est particulièrement intéressant avec GNOME car il permet de conserver une utilisation très orientée clavier.
🌦️ Weather Panel
L’extension météo permet d’avoir directement les informations météorologiques dans l’interface GNOME.
C’est un petit ajout, mais très pratique au quotidien.
🔔 AppIndicator
Enfin, j’utilise AppIndicator and KStatusNotifierItem Support.
Cette extension est particulièrement utile pour les applications qui utilisent une icône dans la zone de notification.
Elle peut notamment être pratique avec :
- VPN ;
- applications de synchronisation ;
- logiciels utilisant une tray icon ;
- certaines applications Electron ;
- logiciels propriétaires.
🔐 15. Quelques règles que j’applique sur Aeon
Après plusieurs installations Linux, j’ai adopté quelques principes simples.
1. Garder le système de base propre
Je limite autant que possible les installations directement dans le système.
Quand une application existe en Flatpak et qu’elle correspond à mon besoin, je privilégie souvent cette solution.
2. Utiliser Distrobox pour les environnements spécifiques
Besoin d’Arch ?
distrobox create --name arch --image docker.io/library/archlinux:latest
Besoin de Debian ?
Je crée simplement un autre conteneur.
Cela évite de transformer Aeon en système hybride.
3. Utiliser les mises à jour transactionnelles
Pour les logiciels système :
sudo transactional-update
ou pour installer un paquet :
sudo transactional-update pkg install paquet
Puis je redémarre.
4. Garder les configurations personnelles dans $HOME
Lorsque c’est possible, je préfère :
~/.config
~/.local/share
~/.local/bin
plutôt que de modifier inutilement le système.
🦎 Conclusion
Après cette post-installation, Aeon devient pour moi une machine très agréable à utiliser.
J’ai :
✅ un système immuable et transactionnel
✅ GNOME comme environnement de bureau
✅ Proton VPN
✅ randomisation de l’adresse MAC Wi-Fi
✅ Fastfetch
✅ Ptyxis personnalisé
✅ Firefox renforcé côté télémétrie
✅ Distrobox pour utiliser d’autres distributions
✅ Flatpak pour les applications graphiques
✅ plusieurs extensions GNOME pour personnaliser le bureau
C’est finalement cette combinaison qui me plaît dans Aeon.
Je n’ai pas besoin de transformer le système de base en énorme installation remplie de paquets.
Aeon reste relativement propre, tandis que Flatpak et Distrobox s’occupent de la partie applicative.
Pour quelqu’un qui aime Linux, la sécurité, la confidentialité et qui apprécie GNOME, je trouve donc qu’Aeon mérite vraiment d’être essayé.
Après avoir testé pas mal de distributions, c’est actuellement l’une de celles que je trouve les plus intéressantes pour un ordinateur personnel moderne, sécurisé et peu encombré.
🐧 Nawre-tech 🦎
📚 Ressources
- Documentation openSUSE sur les mises à jour transactionnelles
- Documentation openSUSE
- Projet Aeon Desktop
- Distrobox
- Extensions GNOME
- Proton VPN
Note : les commandes et paramètres présentés dans cet article correspondent à ma configuration personnelle. Aeon évolue rapidement : certains paquets, noms d’extensions ou paramètres peuvent changer avec les nouvelles versions.